Lise Robichaud
Originaire de Caraquet au Nouveau-Brunswick, Lise Robichaud demeure à Moncton dans le sud-est de la province. Récipiendaire de bourses FCAR Québec-Acadie et de subventions à la création du Conseil des arts du Canada, de artsnb et d’autres organismes, cette artiste est lauréate du prix Éloizes 2005 (artiste de l’année en arts visuels). Elle a effectué des résidences d’artiste en Nouvelle-Écosse (Annapolis Royal et Wolfville), au Québec (Rouyn-Noranda) et en France (Poitiers) en plus d’exposer en solo dans des centres d’artistes autogérés de l’est du Canada. Son travail en arts visuels est ancré dans l’archivistique et incorpore parfois des textes du poète acadien Raymond Guy LeBlanc (1945-2021) qui fut son partenaire dans l’art et dans la vie pendant 40 ans.
De culture acadienne, Lise explore de façon autobiographique des sujets en lien avec les concepts de l’environnement naturel et du deuil. En 1999, elle a été sélectionnée pour représenter le Canada dans le volet de sculptures éphémères lors du Symposium international d’art actuel à Moncton. Elle y a réalisé une installation de 80 mètres de long faite de lattes de bois assemblées intitulée Longue vague déferlante, « liant métaphoriquement la survie de la rivière Petitcodiac à celle de l’Acadie » (Sioui Durand, 2000). En peinture, elle est l’auteure de la peinture Angélus de la série À l’ombre d’Évangéline, qui fut diffusée entre autres au Musée des beaux-arts Beaverbrook (Charette et Riordon, 2004) et au Centre des arts de la Confédération (2010-2011). Co-commissaire de l’exposition Présence 27 (GAUM), elle a écrit à propos de l’art acadien et de l’enseignement des arts visuels. En tant qu’artiste professionnelle, Lise a siégé sur divers comités en lien avec les arts visuels, de même que sur des jurys de pairs à artsnb. Depuis 2021, elle est membre de la Galerie 12. Sa prochaine exposition solo à la Galerie 12, au Centre culturel Aberdeen de Moncton, aura lieu du 10 octobre au 5 novembre 2025.
Références
Charette, L. et Riordon, B. (2004). À l’ombre d’Évangéline : 10 nouveaux contes acadiens. Fredericton, N.-B. : Musée des beaux-arts Beaverbrook.
Sioui Durand, G. (2000). Attention, le Mascaret ne siffle pas [10 au 22 août 1999, Symposium international d’art actuel de Moncton]. Inter, (76) : 41-45.
QU’EST-CE QUI VOUS A AMENÉ À DEVENIR ARTISTE
Dans mon enfance, dès que j’avais du papier à ma disposition, je dessinais. Je pense que cela répondait à un besoin intérieur, et me permettait de mieux communiquer mes idées. À mon avis, on vient au monde avec le potentiel de devenir artiste. Ensuite, il faut juste avoir de la chance et un milieu propice à notre développement créateur. J’ai eu la chance d’avoir été encouragée à créer dès mon enfance. Par exemple, j’ai le souvenir d’avoir eu amplement de papier, de crayons de couleurs et de tissus à ma disposition alors je passais beaucoup de temps à dessiner, lire et coudre. J’ai aussi eu la chance, alors enfant, de jouer librement en plein air ce qui facilite le développement de la créativité. Plusieurs membres de ma famille sont habiles en dessin. Enfant, j’étais fasciné par les détails et l’exactitude des dessins de personnages et d’animaux réalisés par mon père qui avait hérité du talent de dessinateur de sa grand-mère biologique Marianne Johnson-Richard de Rogersville. Chapelière de formation, elle fut aussi peintre, poète et musicienne. Ses peintures de paysage avec chevreuils furent les premiers tableaux peints que j’ai pu observer. S’en est suivi à l’adolescence une approche autodidacte de peinture en plein air puis des cours d’arts plastiques avec Madame Régine Mallet à la polyvalente Louis Mailloux. Par la suite, j’ai étudié en arts visuels du baccalauréat (cours de peinture avec Claude Gauvin et sculpture avec Claude Roussel) à la maitrise (cours de peinture avec Robert Venor) pour aboutir à l’obtention d’un doctorat en philosophie de l’enseignement des arts visuels. Les arts visuels et la lecture font partie de ma vie depuis mon enfance.
EN QUOI VOTRE FORMATION ET VOS EXPÉRIENCES VOUS ONT-ELLES AIDÉ À CRÉER ET À INNOVER DANS VOTRE PRATIQUE ARTISTIQUE?
Un baccalauréat en arts visuels de l’Université de Moncton m’a initié aux procédés techniques dont la photographie, la gravure, le dessin, la peinture, la sculpture et les arts graphiques. À cela s’ajoutait la communication graphique et une formation en enseignement des arts visuels. Cette formation artistique m’a été d’un grand secours afin de pouvoir faire de la création artistique librement. Dans les années 1990, grâce à une bourse France-Acadie, j’ai effectué un stage en France au Centre de recherche sur l’Imaginaire à l’Université Stendhal de Grenoble. Ce sont d’ailleurs les écrits de Gilbert Durand qui m’ont aidé à décoder le sens symbolique présent dans mes créations en arts visuels. L’innovation est apparue dans ma première sculpture au sol intitulée Naissance vers la fin des années 1990 que j’ai réalisée à la suite de mon expérience de mère. Il s’agissait d’une sculpture au sol réalisée par assemblage de bois peint avec du fusain avec au centre trois pierres peintes de pastels et d’acrylique. Depuis, je n’ai cessé d’œuvrer en installations éphémère avec différentes matières issues du bois. J’alterne souvent entre peinture et sculpture éphémère.
QU’EST-CE QUI STIMULE LE PLUS VOTRE PRATIQUE?
Voir des œuvres d’art régulièrement de même que faire l’expérience de créer avec la matière stimule ma pratique. Une fois l’œuvre terminée, l’émotion de plaisir qui m’habite est indescriptible. Cela stimule souvent le processus de création de la prochaine œuvre.
COMMENT LE FAIT DE VIVRE ET TRAVAILLER AU NOUVEAU-BRUNSWICK VOUS A-T-IL AIDÉ DANS VOTRE CHEMINEMENT?
Mes racines culturelles sont du nord-est de la province du Nouveau-Brunswick. J’ai grandi dans un milieu de vie de langue française. Jeune adulte, travailler comme guide puis comme interprète au Village Historique Acadien a certainement contribué au développement de cette fierté de mon identité culturelle acadienne et francophone. Étudier ici puis au Québec et en France fut bénéfique pour m’ouvrir les yeux sur le monde de l’art. Je me compte chanceuse d’avoir obtenus des bourses d’études (ex. FCAR Québec-Acadie et autres) afin d’étudier au post-secondaire. Ma province m’a aussi donné l’opportunité de travailler dans un domaine relié aux arts visuels dans le sud-est du Nouveau-Brunswick. D’abord comme enseignante d’arts visuels en milieu scolaire puis comme professeure d’arts visuels en éducation à l’Université de Moncton. Cela m’a permis de pratiquer mon art, de donner des conférences à propos de l’art et de publier des articles scientifiques au sujet des arts visuels en éducation. Je me sens privilégiée d’avoir pu travailler dans un domaine connexe aux arts visuels et cela dans ma province d’origine.
QU’EST-CE QUI ANIME VOTRE CRÉATIVITÉ?
C’est le goût de la découverte qui me stimule à créer. Faire de l’art me permet d’apprendre à propos de moi-même et du monde dans lequel nous vivons. J’aime voir où va se rendre la prochaine trace de couleur sur le support, qu’il s’agisse de papier, de toile ou de bois. J’aime découvrir quel design apparaitra à la suite des agencements de formes dans l’espace à explorer, qu’il s’agisse d’une surface du mur ou du sol. Je trouve surprenantes les images et leurs symboles qui se révèlent lors des étapes du processus de création. Et une fois l’œuvre diffusée, j’aime échanger avec le public à propos du sens qui se révèle. Le plaisir est donc une des composantes animant ma créativité.
QUEL EST VOTRE PROCESSUS DE CRÉATION?
La première étape que ça soit en peinture ou en sculpture consiste à me promener en nature. Cela éveille mon imaginaire. Par exemple, mes idées surviennent en conduisant à écouter de la musique tout en regardant les vallées et montagnes dans les environs de la Baie de Fundy. En général les idées m’arrivent surtout la nuit c’est pourquoi j’ai souvent un carnet de notes à portée de main. Ainsi apparait le premier jet du projet de création artistique à réaliser. Le résultat prend parfois la forme de peintures ou d’installations. Parfois, les deux procédés techniques sont combinés. Le choix des matériaux tient compte de l’idée à communiquer et du lieu de diffusion.
En peinture, je travaille par induction. J’avoue que je connais rarement le résultat final d’une peinture puisque je laisse l’outil me guider qu’il s’agisse du pinceau, de l’éponge, de la brosse ou de mes mains gantées. En général, je peins en série sur une longue période et de préférence, si possible, sur de très grands formats.
En sculpture, ma pratique est différente en ce sens que j’opte pour une approche par déduction. Tout est réduit aux formes les plus simples. Le choix des matières et objets symboliques se fait en lien avec l’idée à communiquer. Tous les éléments (idée et choix des matériaux) doivent donc faire du sens. Par conséquent le volet recherche pour les projets en 3D est souvent l’étape qui me prend le plus long puis le tout se transforme en une expérience ludique. J’avoue que je prends un grand plaisir à réaliser des installations éphémères en direct devant public. Les résultats de mes installations éphémères sont documentés sous forme de photographies.
VOS PROJETS FUTURS?
Ma prochaine exposition solo de peintures parlera de paysages du Nouveau-Brunswick et aura lieu à l’automne 2025 à la Galerie 12 du Centre culturel Aberdeen à Moncton. Seront exposés « Climat 2025 » (12 acryliques sur bois), « Dans ma bulle » (14 aquarelles et acryliques sur papier), « À la plage proche du Cap Enragé » (5 acryliques sur papier), « Mémoire de Fundy » ( 4 acryliques sur toile) et « En route vers Knigthville » (1 acrylique sur toile). Par la suite, mon projet consistera à faire le bilan de mes installations éphémères et d’en planifier le suivi.



