Ji Hyang Ryu
Ji Hyang Ryu est une artiste plasticienne, muraliste et éducatrice canado-coréenne installée à Riverview, au Nouveau-Brunswick. Elle est la fondatrice du Ji Hyang Ryu Art Studio & Gallery, où elle enseigne à plus de 100 élèves et mène des initiatives artistiques communautaires.
Son parcours artistique a commencé tôt, d’une manière inattendue. À l’âge de six ans, elle a acheté un poussin à un vendeur de rue et s’est mise à le dessiner et à le peindre sur le vif. Ce moment a marqué le début d’une habitude qui l’accompagnera toute sa vie : observer et capturer la vie à travers l’art.
Après avoir travaillé à l’hôpital de Moncton pendant sept ans, Ji Hyang est devenue artiste à temps plein en 2020. La pandémie de COVID-19 a marqué un tournant : elle lui a fait prendre conscience de la brièveté de la vie et l'a poussée à s'engager pleinement dans la vie qu'elle souhaitait vraiment mener en tant qu'artiste.
Son travail explore l'identité, l'appartenance et les liens culturels, faisant souvent le pont entre son héritage coréen et son expérience canadienne. À travers des portraits, des fresques murales et des projets communautaires, elle crée des œuvres significatives qui touchent les gens sur le plan personnel.
Parlez-nous un peu de vous et de ce qui a éveillé votre intérêt pour les arts visuels.
J'ai commencé à peindre à l'âge de six ans, après avoir acheté un poussin à un vendeur ambulant. Je me souviens m'être assise pour le dessiner comme mon tout premier modèle. Ce petit moment s'est transformé en quelque chose de bien plus grand.
À sept ans, je dessinais déjà des figures humaines, et ma mère m'a inscrite à des cours d'art tous les jours. Au lycée, je passais environ trois heures par jour en classe d'art. L'art a toujours fait partie de ma vie, et je dessinais constamment.
J'ai toujours été attirée par l'observation attentive des gens et de la vie. L'art est devenu ma façon de comprendre le monde et d'exprimer ce que je ressens, et cela m'accompagne encore aujourd’hui.
Qu'est-ce qui vous inspire ou vous passionne dans votre travail ?
Ce sont les gens et les histoires qui m'inspirent le plus. Ce qui me passionne, c'est le lien qui se crée. Quand quelqu'un regarde mon travail et se sent compris ou réconforté, c'est là que mon métier d'artiste prend tout son sens. Je me sens également stimulée lorsque je crée des œuvres d’envergure qui transforment un espace.
Décrivez votre processus créatif, de l'idée à l'œuvre achevée. Pouvez-vous expliquer comment un tableau prend vie ?
Tout commence généralement par une émotion forte ou une histoire. Je rassemble des références, fais des croquis et réfléchis à la composition et aux couleurs. Une fois que je commence à peindre, je reste flexible et je laisse l'œuvre évoluer. Je travaille par couches, en les superposant lentement, surtout avec la peinture à l'huile, jusqu'à ce que le tableau semble vivant et équilibré.
Dans votre travail, vous explorez le thème de l'autoportrait. Qu'est-ce que vos autoportraits vous ont appris sur vous-même ? Certaines œuvres marquent-elles des moments ou des tournants particuliers de votre vie ?
Je m’appuie sur moi-même pour exprimer ma culture, car c'est ce qui me semble le plus sincère. Je suis à la fois le sujet et le narrateur. Eh oui, je suis aussi mon propre modèle - gratuitement. Mes autoportraits capturent différentes étapes de ma vie, reflétant mon évolution, mes défis et mon parcours permanent entre les cultures.
Quel est votre support ou format préféré, et pourquoi ?
La peinture à l'huile est mon support de prédilection, car elle me permet d'exprimer plus facilement la profondeur et l'émotion. C'est un support très polyvalent, avec lequel je me sens le plus à l'aise. J'apprécie également l'aquarelle, mais je reviens naturellement à l'huile, car elle m'offre davantage de liberté dans mon processus créatif.
En quoi votre expérience personnelle ou votre éducation ont-elles influencé votre travail ?
Le fait d'avoir grandi en Corée puis de m'être construite une vie au Canada a profondément influencé mon travail. J'explore souvent ce sentiment d'être entre deux cultures. Mon travail reflète à la fois mes origines et ma vie actuelle.
Quels sont les sujets ou thèmes qui vous attirent régulièrement ?
L'identité, la culture, les liens humains et les émotions. Je suis également attirée par la communauté et la narration à travers le portrait et l'art public.
Pourriez-vous nous parler d'une œuvre ou d'une série dont vous êtes particulièrement fier, et nous expliquer pourquoi ?
Je suis très fière de ma série « Culture Bridge ». Elle illustre mon parcours d'immigrante et la manière dont je relie mes racines coréennes à ma vie au Canada. C'est une œuvre personnelle, sincère et porteuse de sens pour de nombreuses personnes qui ont vécu des expériences similaires.
Comment surmontez-vous les blocages créatifs ou les moments de doute ?
Je ne souffre pas vraiment de blocages créatifs, car je considère l'art comme un véritable travail. Que je me sente inspirée ou non, je me mets au travail et je persévère. La discipline prime sur la motivation. J'ai tellement d'idées et de projets que le temps est mon plus grand défi. Mon seul regret serait de ne pas avoir commencé ma carrière artistique plus tôt.
Quelle a été votre plus grande réussite et/ou votre plus grande erreur au cours de votre parcours d’artiste, et comment cela vous a-t-il permis d’évoluer ou d’apprendre ?
L’une de mes plus grandes réussites est d’avoir bâti une carrière à temps plein en tant qu’artiste et éducatrice. J’ai eu la chance de recevoir une subvention du Conseil des Arts du Canada et de voir mes œuvres intégrées à la Banque d’œuvres d’art du Conseil des Arts du Canada et le gouvernement fédéral.
Une erreur que j’ai commise au début a été de sous-estimer la valeur de mon travail. Avec le temps, j’ai appris à respecter mon temps et mes compétences. Ce changement m’a aidée à m’épanouir tant sur le plan créatif que professionnel, et m’a permis de bâtir une carrière durable dans le domaine de l’art.
En quoi le fait de vivre et de travailler au Nouveau-Brunswick vous a-t-il aidé et/ou inspiré dans votre parcours ?
Le Nouveau-Brunswick abrite une communauté solide et solidaire. J'ai eu de nombreuses occasions de réaliser des œuvres d'art public et de tisser des liens avec les gens. Les paysages et les communautés locales continuent d'inspirer mon travail.
Comment votre parcours d'artiste a-t-il évolué au fil du temps ? Y a-t-il eu des moments ou des expériences marquants qui ont façonné votre façon de travailler et de créer aujourd'hui ?
Quitter mon emploi à l'hôpital pour devenir artiste à plein temps a été un tournant décisif. La création de mon atelier et l'enseignement que j'ai dispensé à mes élèves m’ont également ouvert de nouvelles perspectives. Cela m'a permis de m'épanouir non seulement en tant qu'artiste, mais aussi en tant que responsable et cheffe d'entreprise.
Décrivez ce dont vous êtes le plus fier dans votre carrière.
Je suis particulièrement fière d'avoir bâti ma vie grâce à l'art et de voir que mon travail aide les gens. Voir mes élèves devenir des artistes compte beaucoup pour moi. J'ai également prouvé qu'il est possible d’être artiste à plein temps sans connaître de difficultés financières. On peut bâtir une carrière durable, soutenir sa communauté et inspirer les autres en même temps.
À quoi ressemblerait le projet de vos rêves ?
Un projet d'art public d'envergure nationale ou internationale qui rassemble les communautés. J'aimerais beaucoup créer quelque chose qui reflète la diversité des cultures et les expériences humaines communes.
Quels conseils donneriez-vous à un artiste plasticien en début de carrière ?
Mettez de l'argent de côté. Apprenez à investir. Et travaillez tous les jours.
Être artiste ne se résume pas au talent. C'est aussi une question de discipline et de décisions judicieuses. En gérant bien vos finances et en restant constant, vous pouvez bâtir une véritable carrière en faisant ce que vous aimez.



