Dee Hernandez
Dee Hernandez est une chanteuse, auteure-compositrice et interprète d’origine cubaine dont la voix et la présence canalisent le pouls dynamique de ses racines et le paysage émotionnel de la musique contemporaine imprégnée d’âme. Maintenant établie au Canada atlantique, Dee crée une expérience sonore immersive, qui allie des rythmes afro-cubains et le jazz, la musique soul, le funk et la pop dans un style qui est indéniablement le sien.
Née dans une famille de musiciens à La Havane, Dee a grandi entourée de voix féminines puissantes et d’artistes intemporels comme La Lupe, Nat King Cole et Whitney Houston, des artistes qui l’ont inspirée très tôt. À tout juste 16 ans, elle a fait défection lors d’une tournée sur la côte Est avec un big band cubain, choisissant avec audace de rester au Canada pour poursuivre sa liberté artistique et mener une vie consacrée à la musique. Ce saut a façonné non seulement son histoire personnelle, mais aussi sa signature sonore, un son qui relie les continents, les cultures et les générations.
La musique de Dee est aussi riche et complexe que son parcours. C’est là que le langage rythmique rencontre l’intimité des cafés de jazz à instruments acoustiques, et là que sa voix chaude et sensuelle donne un nouveau souffle aux formes traditionnelles. Que ce soit à la tête d’un orchestre complet ou dans un spectacle acoustique épuré, elle captive le public avec sa prestation sincère, sa présence puissante sur scène et des récits profondément vibrants.
Reconnue par des nominations aux Prix de la musique de la côte Est et de Musique Nouveau-Brunswick, Dee est montée sur scène lors de la Semaine de la musique canadienne, de Contact-Est, des festivals Acadie Rock et Area 506 et du salon de l’exportation de Toronto. Sa musique a également été présentée dans le film intitulé Do I Know You from Somewhere, projeté au Festival international du film de Toronto (TIFF), ce qui lui a valu une reconnaissance plus poussée au sein de l’industrie. Des icônes telles que Jully Black et Sass Jordan l’ont célébrée en tant que voix rare et authentique dans le paysage culturel canadien.
Avec chaque représentation, Dee crée un espace de connexion, en mélangeant l’énergie de ses racines afro-cubaines et les nuances profondes du jazz et de la pop modernes. Ses spectacles sont plus que du divertissement; ce sont des parcours intimes qui allient l’esprit, le rythme et une célébration culturelle.
Quand avez-vous compris pour la première fois que vous aviez une passion pour la musique?
L’un de mes premiers souvenirs remonte à l’époque où j’étais à la garderie à Cuba; à l’époque, la plupart des garderies n’étaient pas privées; elles étaient gérées par le gouvernement. Nous avions un concours de jeunes talents, et je me suis levée et j’ai chanté une chanson. J’ai eu ce sentiment, c’était tellement gratifiant, comme si quelque chose s’était illuminé en moi. J’ai immédiatement su que je voulais le ressentir encore et encore. À partir de ce moment-là, j’ai saisi toutes les occasions de me produire lors d’événements scolaires et de rassemblements communautaires (il y en avait beaucoup). J’ai commencé à me faire un nom dans ma petite ville natale, et finalement, dans toute la municipalité.
Qu’est-ce qui vous a inspirée à faire de la musique et à faire carrière dans ce domaine?
La musique fait partie de ma vie depuis mon enfance. J’étais déjà musicienne professionnelle à Cuba, et j’acquérais de l’expérience dans le cadre de divers projets sur l’île. Ma première représentation internationale a eu lieu au Mexique lorsque j’avais seulement 13 ans. Plus tard, après être arrivée au Canada et avoir fait un séjour à Toronto, j’ai continué de donner des spectacles et j’ai travaillé avec différents groupes musicaux, en enrichissant davantage mon expérience.
Mais le moment où j’ai commencé à créer ma propre musique et à écrire d’un point profondément personnel a été un tournant différent. Cela ne s’est pas produit tout de suite. C’est arrivé alors que je commençais à planifier mon parcours pour quitter Cuba, bâtir une vie nouvelle, et naviguer entre l’identité, la perte et la croissance. La psychologie m’a toujours fascinée, et la musique est naturellement devenue mon exutoire émotionnel. Chaque chanson est devenue un espace où je pouvais gérer un problème ou une émotion, souvent en parvenant à la guérison dans le processus. Je n’ai jamais vraiment eu l’impression de pouvoir m’ouvrir pleinement à qui que ce soit, alors la musique est devenue ma confidente.
Alors que je m’étais déjà bâti une carrière comme interprète, la décision de devenir créatrice et de continuer de faire de la musique en tant qu’artiste solo est venue d’un besoin profondément personnel d’exprimer ma vérité et de communiquer avec les autres à ce niveau.
Quelles sont vos plus grandes influences musicales ou sources d’inspiration, et comment ont-elles façonné votre son?
J’ai toujours de la difficulté à répondre à cette question parce que je suis influencée par une très vaste gamme de styles de musique, chaque chanson qui m’a touchée au niveau de l’âme a laissé une marque. Mon son est extrêmement diversifié parce que j’ai toujours été en contact avec l’émotion d’abord, et non avec le style.
Ayant grandi à Cuba, j’ai été entourée de musique filin, un style des années 1950 qui mélange le boléro cubain, le jazz et la profondeur émotionnelle. Ma famille aimait chanter ces chansons, surtout pendant los apagones (pannes de courant) lorsque nous perdions l’électricité pendant des heures. Nous nous rassemblions, nous chantions et racontions des histoires dans le noir, et ces souvenirs sont gravés en moi. C’est là que j’ai appris le pouvoir de l’émotion brute et de la connexion par la musique.
Mon grand-père, en revanche, adorait le tango. Ces sentiments de désir, de nostalgie et de mélancolie, ces sentiments se sont aussi infiltrés naturellement dans ma musique. Donc, même si je peux mélanger des rythmes afro-cubains avec du R&B, du jazz et de la pop, au cœur de mon style, il y a une vérité émotionnelle façonnée par ces premières influences et la richesse culturelle dans laquelle j’ai été élevée.
Comment décririez-vous votre musique, et ce qui la rend unique?
Ma musique est une fusion de cultures, de rythmes et d’émotions. Elle mélange mes racines afro-cubaines et des éléments de R&B, de soul, de pop et de funk, toujours guidée par un sentiment profond et un récit. Je ne me glisse pas dans un style particulier parce que je puise dans mes expériences vécues, mon héritage et ma curiosité en tant qu’artiste.
Ce qui rend ma musique unique, c’est l’honnêteté émotionnelle et le mélange culturel qui se cachent derrière. J’écris à partir d’un espace de vulnérabilité, mais je porte aussi en moi la force de mes racines. On peut entendre les influences traditionnelles cubaines dans les rythmes, le phrasé, ou même l’ambiance de la chanson, mais c’est présenté à partir d’une lentille moderne qui rejoint un large éventail d’auditeurs. Ma voix, à la fois en ce qui concerne le ton et le message, reflète un parcours d’identité, de résilience et de transformation.
Chaque chanson invite à ressentir quelque chose de réel, à bouger, à réfléchir, à célébrer ou à guérir.
Comment votre processus créatif se déroule-t-il lorsque vous écrivez et composez de nouvelles chansons?
Je commence généralement par une ligne de basse ou une sensation rythmique qui me vient à l’esprit, le rythme est toujours la première étincelle. La sensation rythmique est la pulsation de ma musique parce que, même si j’aime raconter des histoires, je crois aussi que la musique doit vous faire bouger, littéralement. J’aime danser, et je veux que ma musique invite les gens à se libérer ainsi.
Le mouvement, pour moi, est plus que simplement physique; c’est une forme de pratique spirituelle. Cela nous aide à débloquer quelque chose qui vient du plus profond de nous. Cette croyance joue un rôle important dans la façon dont j’aborde la création. Lorsque la sensation rythmique semble bonne, je commence à superposer le chant, en reproduisant souvent le son de la section des cuivres ou des textures avec ma voix, et en façonnant l’énergie de la chanson avant d’ajouter une instrumentation complète.
Les paroles viennent ensuite, et sont généralement ancrées dans mes expériences personnelles ou des émotions que je ressens. C’est un processus intuitif et à plusieurs niveaux qui établit un équilibre entre le rythme, l’histoire et l’âme. Chaque étape consiste à canaliser quelque chose d’honnête et de vivant.
Comment vous préparez-vous pour un spectacle ou un concert? Avez-vous des rituels ou une routine avant de vous produire sur scène?
Certaines personnes appellent cela prier, mais pour moi, il s’agit de remercier. Avant chaque représentation, je prends un moment pour remercier Dieu et mes ancêtres pour la possibilité de partager mon don. Je ne le tiens jamais pour acquis.
Juste avant de monter sur scène, je trouve un endroit calme dans les coulisses où je peux me recentrer. Je fais quelques exercices de respiration pour ancrer mon énergie, me calmer les nerfs et être pleinement présente. Ce moment de calme m’aide à me connecter non seulement à mon but en tant qu’artiste, mais aussi à mes racines culturelles et à la lignée de force et de créativité qui coule en moi. Cela me rappelle que je perpétue un héritage, ce qui me procure à la fois un pouvoir et de l’humilité lors de mes spectacles.
Quelle est la chanson que vous préférez chanter, et pourquoi?
Je n’en ai aucune!
Quelle a été votre représentation la plus mémorable?
Honnêtement, je n’ai pas qu’une seule représentation la plus mémorable. Chaque spectacle est spécial pour moi parce que chacun fait progresser mon but, un pas de plus pour atteindre un plus grand nombre d’auditeurs et partager de la joie par la musique. Que je chante pour quatre personnes ou pour quatre milliards, je donne tout à chaque fois. La connexion, l’énergie et le moment que nous créons ensemble, c’est cela qui rend chaque représentation inoubliable à sa manière.
Quels sont les plus grands défis ou obstacles auxquels vous avez fait face en tant que musicienne?
L’un des plus grands défis a été de créer ma propre voie dans un milieu qui n’a pas toujours donné la place à quelqu’un comme moi. En tant qu’artiste afro-cubaine qui mélange des styles comme le R&B, le soul et la pop, je me suis souvent retrouvée en dehors du paysage musical grand public ou local. Mais je n’ai pas attendu d’avoir une place à table, j’ai créé ma propre place. Que les gens considèrent cela comme grand ou petit, j’ai créé quelque chose de significatif et d’authentique, à mes propres conditions.
Je me vois comme un pont, quelqu’un qui permet à la culture, au rythme et aux émotions d’être partagés en toute sécurité, invitant les gens dans un espace où ils n’ont pas à se demander s’ils y ont leur place. Cela n’a pas toujours été facile. Il faut de la force pour maintenir fermement son identité et sa vision lorsque l’industrie ou la communauté n’est pas tout à fait structurée à cette fin. Mais ces défis m’ont rendue plus volontaire, plus ancrée et plus déterminée à continuer de grandir et de partager ce que je fais.
En tant qu’artiste cubaine établie au Nouveau-Brunswick, comment votre éducation a-t-elle influencé votre musique?
Mon éducation cubaine est au cœur de tout ce que je crée. J’ai grandi entourée de musique : filin, boléros, rumba, voire séances spontanées en famille pendant los apagones (pannes de courant); la musique n’était par conséquent pas qu’un divertissement, c’était un mode de vie. C’est ainsi que nous célébrions, que nous faisions face aux situations et que nous communiquions.
Cet esprit ne m’a jamais quittée. Même maintenant que je vis au Nouveau-Brunswick, je porte ce rythme culturel dans ma chair. Ma façon d’écrire des paroles, la sensation rythmique que je recherche, la richesse émotionnelle que je verse dans ma voix : tout est ancré dans l’endroit d’où je viens. Mon origine cubaine m’a appris à fonctionner à partir d’un sentiment et à faire de la musique pour vivre, en l’insufflant dans une partie de qui je suis.
En même temps, le fait de vivre dans un endroit où mon son n’est pas toujours la norme m’a poussée à être créative, à mélanger mes racines avec de nouvelles influences, à ne pas avoir peur dans mon expression, et à faire découvrir mon héritage à de nouveaux publics d’une manière qui semble honnête et joyeuse.
Qu’avez-vous appris à propos de vous-même et de la communauté artistique du Nouveau-Brunswick grâce à votre travail?
Mon travail m’a appris que je suis plus résiliente et que je m’adapte davantage que je ne l’aurais jamais imaginé. Venant de Cuba, il n’a pas toujours été facile de m’intégrer à la scène artistique du Nouveau-Brunswick. Il n’y avait pas d’espace défini pour quelqu’un comme moi, avec mon son, ma culture et mon origine. Mais au lieu d’attendre d’avoir la permission, j’ai créé ma propre voie.
J’ai appris que j’ai le pouvoir d’ouvrir des portes, pas seulement pour moi-même, mais aussi pour d’autres personnes qui ont l’impression de ne pas être tout à fait à leur place. Cela a été l’une des parties les plus significatives de mon parcours : comprendre que je peux être un pont, en offrant quelque chose de différent qui reste profondément connecté.
En ce qui concerne la communauté artistique du Nouveau-Brunswick, j’ai vu son potentiel et sa soif de fraîcheur et de nouveauté. Même si elle ne possède pas nécessairement les infrastructures ou la diversité culturelle des grandes villes, elle a du cœur, du talent et des gens qui se soucient beaucoup des arts. J’ai également constaté que la représentation est importante : lorsque les gens s’identifient à votre travail, quelque chose change. Cela crée des liens, de la fierté et des possibilités.
J’ai appris que la croissance peut se produire dans des endroits inattendus, et que la différence est parfois ce dont un endroit a besoin.
Si vous n’étiez pas musicienne, quel parcours de carrière auriez-vous choisi?
Si je n’étais pas musicienne, j’aurais probablement fait un parcours en psychologie, en éducation ou dans un domaine lié au mouvement, comme la danse-thérapie. J’ai suivi une formation en danse quand j’étais à Cuba, et cette forme d’expression est toujours restée avec moi. La danse, comme la musique, a le pouvoir de guérir, de créer des liens et d’éveiller quelque chose de profond en nous.
En même temps, j’ai toujours aimé l’éducation. J’aime aider les gens à croître, les guider et créer des espaces sûrs pour l’apprentissage, que ce soit par la musique, par le mouvement ou par la conversation. La psychologie m’a toujours fascinée, surtout la manière dont nos émotions façonnent nos actions et nos histoires. Je pense que j’aurais trouvé un moyen de mélanger toutes ces passions, l’enseignement, la guérison et la création, quel que soit le parcours choisi.
Mais à bien des égards, je vis encore tout cela grâce à la musique.
Quels sont vos objectifs pour votre carrière musicale?
C’est une question que j’entends souvent de la part des gens dans l’industrie, et honnêtement, cela me fait toujours sourire. Ce n’est pas parce que cela n’est pas important pour moi; c’est parce que j’ai appris à ne pas m’inquiéter de l’avenir en ce qui concerne la musique. J’essaie de rester la plus présente possible. Dans un monde où tout concerne ce qui vient ensuite, je me concentre sur ce qui est là.
Mon objectif est simple : continuer de créer, de me produire et de partager ma musique avec honnêteté et joie. Faire ce que je fais le mieux, du mieux que je peux, autant de fois que la vie me le permettra. Je veux profiter de chaque note, de chaque scène, de chaque connexion, importante ou pas.
Et quel que soit le résultat qui en découlera, je serai prête à le recevoir, avec gratitude, ouverture et amour.
Décrivez ce dont vous êtes la plus fière dans votre carrière.
Ce dont je suis la plus fière, c’est d’avoir eu le courage d’être moi-même.
Dans une industrie qui essaie souvent de vous définir ou de vous faire entrer dans un moule, je suis restée ancrée dans ma vérité, ma culture, ma voix et mon histoire. J’ai créé ma propre voie dans un milieu qui n’a pas toujours eu de place pour quelqu’un comme moi.
Et honnêtement? J’ai apporté la sabrosura (volupté) au Canada atlantique; cette saveur et ce rythme irrésistibles qui font bouger les gens et les font se sentir vivants. C’est plus que la musique; c’est une célébration de qui je suis et de mon origine. C’est quelque chose de spécial, et je suis fière de partager cette énergie partout où je vais.
Travaillez-vous actuellement sur un nouveau projet ou album? Pouvez-vous nous en parler un peu?
Avec le prochain album, intitulé Deshecha, la boucle est bouclée pour moi. Je renoue profondément avec mes racines tout en accueillant mon évolution personnelle et artistique. Comportant neuf chansons, quatre en espagnol et cinq en anglais, l’album saisit les divers états émotionnels et humeurs que vit quelqu’un qui navigue dans la vie en tant que néo-Canadien.
Au moyen de thèmes puissants tels que l’amour, le chagrin d’amour, la résilience et les difficultés mentales, je partage mon parcours authentique d’adaptation à un nouveau monde tout en préservant farouchement mon essence. Deshecha est un témoignage sincère sur la capacité de surmonter les obstacles et de trouver de la force grâce à la transformation.
Quels conseils offririez-vous aux musiciens en herbe?
Rappelez-vous la raison pour laquelle vous avez commencé : l’amour de la musique et la joie qu’elle apporte. Laissez cette passion vous guider dans les hauts et les bas, et ne perdez jamais de vue la capacité de votre musique de vous aider à créer des liens, à guérir et à inspirer.
Êtes-vous ou connaissez-vous un artiste professionnel du Nouveau-Brunswick qui crée des œuvres percutantes et novatrices? Nous serions ravis de découvrir et de partager vos histoires! Envoyez-nous un message à artsculturenb@gnb.ca.



